mercredi 12 janvier 2011

Le Grand Nord, nouvel espace géopolitique

L’Arctique, dépourvu de terre contrairement à l’Antarctique, n’est qu’un océan en grande partie glacé d’environ 14 millions de km². Avec le réchauffement climatique, l’océan révèle ses atouts économiques.
La fixation des frontières maritime qui n’avait jusqu’ici que peu d’intérêt devient un enjeu géopolitique.

La région arctique et le changement climatique
La surface de l’océan arctique recouverte de glace varie avec les saisons mais en 2007, les scientifiques ont constatés que jamais la superficie de la banquise n’avait été aussi faible. Les études qui ont suivies ont révélées que la diminution de la surface glacée était de 15% en vingt ans. De plus dans l’hypothèse où le réchauffement climatique resterait inchangé, la banquise disparaitra totalement en 2020.

Historique des superficies de la banquise


Au-delà du désastre écologique mondial, cela rendrait la zone du pôle Nord plus accessible à la navigation maritime et à l’exploitation des ressources du sous-sol.

En effet, l’Arctique renfermerait 30% des ressources mondiales de gaz (soit 7.260 milliards de mètres cube) et 13% des ressources en pétrole (90 milliards de barils).
De telles réserves proche des pays grands consommateurs (USA, Canada, Russie, Chine, Europe) et n’appartenant à aucun pays membre de l’OPEP font de cette région l’une des plus importante stratégiquement pour les grandes puissances de l’hémisphère nord.

En plus de ces ressources en hydrocarbure, des mines de diamants, argent, zinc, plomb, nickel et d’uranium sont exploités par le Canada et la Russie. La fonte des glaces va non seulement faciliter leur accessibilité mais également leur transport pour l’exportation.

Litiges frontaliers et nouvelle géostratégie
La fonte des glaces conjuguée à l’exploitation minière pourrait faire de la région Arctique l’une des plus fréquentée par les navires de commerce.
La route du Nord-Est qui longe les côtes sibérienne est déjà ouverte toute l’année par l’action des brise-glaces russes. Mais c’est la route du Nord-Ouest au nord du Canada qui attise toute les convoitises. Dans cette région, le Canada s’oppose à son voisin américain. En effet, les canadiens considèrent que le passage du Nord-Ouest comme partie intégrante de ses eaux territoriales. Les Américains eux, plaident pour une interprétation plus littérale de l’article 37 de la Convention sur le droit de la mer, ce qui en ferait un passage dans les eaux internationales.

Tracés alternatifs du passage du Nord-Ouest selon le statut des eaux entre les iles canadiennes

Mais Ottawa craint que le statut international ne fasse de cette voie maritime l’une des plus empruntée du monde ce qui mettrait en péril l’équilibre écologique des iles voisines et de la zone économique exclusive (ZEE) canadienne. Le gouvernement canadien à annoncer en 2007, la création d’une base maritime militaire à Resolute Bay à l’entrée du passage. De plus, le port de Nanisivik va être adapté pour accueillir des navires en eaux profondes.

Le deuxième litige porte sur la délimitation des frontières entre les États riverains du pôle Nord. En accord avec le traité de Montego Bay en 1982, ces États se sont entendus sur la délimitation des ZEE. Mais la fonte des glaces et l’accessibilité des ressources géologiques avivent les tensions jusque là éteintes. A partir de 2000, certains États veulent faire jouer une clause particulière du droit de la mer qui permet de prolonger la ZEE à 350 milles (au lieu de 200) à condition que le plateau continental dépasse de la ZEE. Dans cette espace, prolongé, l’Etat ne contrôle que le sol et le sous-sol mais pas les ressources marines. Ce qui ne pose pas de problèmes puisque l’enjeu ici est sous-terrain.



C’est dans cette optique qu’il faut voir les récentes études géologiques entreprise par les différents pays riverains sur la dorsale de Lomonosov. Les Russes considèrent qu’elle appartient au continent asiatique et des scientifiques de ce pays ont donc plantés un drapeau près du pôle Nord avec l’aide d’un sous-marin en 2007.
Les canadiens déclarent que la dorsale est sur la plaque tectonique nord-américaine et donc sur le plateau continental canadien, mais Copenhague considère qu’elle est plus proche du Groenland que des iles de l’Arctique canadien.
En avril 2010, la Russie et la Norvège ont réglé leur contentieux sur la mer de Barents ce qui leur à permis de commencer l’exploitation du pétrole dans la région.


En 1996, la déclaration d’Ottawa créé le Conseil Arctique qui rassemble le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Suède et la Russie ainsi que de nombreux observateurs dont les pays de l’Union Européenne et la Chine.

Conseil Arctique (pays membres en bleu foncé et pays observateurs en bleu lavande)


La région devient stratégique pour tous les pays de l’hémisphère nord. La Chine, la France et l’Union Européenne oriente leur diplomatie vers le Grand Nord.
La Chine affirme que c’est l’ouverture de nouvelles routes commerciales qui la préoccupe mais l’accès à de nouvelles réserves de pétrole plus proche que le Moyen-Orient ou l’Amérique Latine n’est certainement pas étranger à cet attrait.
La France qui, même si elle n’est pas concernée directement l’est par le biais d’alliances, l’OTAN et l’Union Européenne, a nommé en 2009 ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Puissance nucléaire exploitant des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, le pays s’intéresse également aux revendications territoriales dans l’océan Arctique. En effet, le plus simple pour un missile qui doit atteindre la Russie ou la Chine est de le lancé depuis le pôle Nord.


Région ignorée totalement par la géopolitique avant la fin des années 1990, le Grand Nord devient un terrain d’affrontement des puissances mondiales au même titre que le Moyen-Orient. Conséquence du réchauffement climatique ce conflit de faible intensité réuni les puissances mondiales, USA, Chine, Russie et Union Européenne et son évolution dépend non seulement des données scientifiques mais également de leur interprétations politiques.

Sources :
Wikipédia (en particulier pour les cartes)
Franck Tétard – « Les frontières de l’Arctique » – 50 fiches pour comprendre la géopolitique – Editions Bréal – août 2010
Jean-Marie Collin – « Arctique la France prend position » – Diploweb.com – Septembre 2010 http://www.diploweb.com/Arctique-la-France-prend-position.html

Par AD

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